jeudi 10 octobre 2013

01.10.13

L’homme qui entre dans le métro 8 porte un blouson noir flottant sur de larges épaules, il est un souci à lui tout seul, ou bien plutôt, plutôt, une anxiété. C’est bien cela une anxiété car c’est plus profond, plus dense : je pense tout-de-suite qu’il n’est pas comme eux. Pas comme eux… Eux sont dans le stress, un stress constant mais léger, comme une habitude qui recouvre tout d’un léger voile, à peine ressenti désormais par les Parisiens pressés, mais qui pourtant m’attaque encore un peu ; alors que lui est dans l’anxiété, le malaise solide qui vous colle au corps et qui est celui des âmes entières.

Regard. Sans mentir, l’homme au blouson noir m’a regardé. J’en resterais presque scotchée à mon siège, parce qu’ici, les gens ne se regardent pas. Vraiment pas, j’essaye pourtant, j’essaye à chaque fois, autour de moi de capter un regard, sans oser espérer le sourire mais au moins juste le regard, une attention d’une toute petite seconde.  Lui vient de me regarder, il y a une question au fond des yeux, qu’il pose sur toutes choses et personnes humaines autour de lui. Il a l’attitude d’un homme peu sûr de lui, un peu perdu ; peut-être n’est-il pas un habitué de ce lieu. Ses mains s’agitent, nerveuses comme deux crabes trapus, les ongles grattent et arrachent des petits morceaux de peau au bout des doigts, là où la chair est la plus tendre la plus douce, vulnérable. Peut-être qu’il se rend à un entretien d’embauche. Il n’est pas vêtu pour, mais ses habits justement, laissent penser qu’il n’a pas beaucoup d’argent, et cela ferait de ce rendez-vous une chose extrêmement importante, stressante pour cette raison, cela pourrait être l’entretien à la fois attendu depuis des mois, et tout autant redouté depuis des heures. Heures sans sommeil ? L’homme a les traits tirés, des cernes entourent ses yeux sans couleur. Place d’Italie, un passager descend. Il se déplace rapidement pour prendre sa place, et assis, sa nervosité semble avoir augmentée, parce qu’à présent il observe encore plus tout autour de lui, son voisin de gauche, le schéma des stations à venir, et puis la bouche est légèrement ouverte. J’en suis sûre désormais, il n’est pas ici en terre connue. Mon petit monsieur, regardez moi encore, vous comprendrez que moi non plus, je ne suis pas à ma place dans ce lieu qui est à tout-le-monde mais surtout à personne ; un seul de vos regards anxieux posé sur moi à nouveau, et nous pourrions parler un peu peut-être, ou juste un sourire, oui un sourire, ce n’est rien et ne changera pas votre situation, mais qui sait, un sourire… cela pourrait être un nuage d’espoir, pour votre terrible épreuve à venir. 

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